P. Delerm
HISTORIQUE

Extraits de l'article ' Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ', paru dans A+ 180, pp. 28-29.

Les origines du C.I.A.U.D. et de la revue A+

En 1973, dans le climat animé qui succéda à la contestation de 1968, une quarantaine d'hommes et de femmes d'horizons professionnels et politiques divers se sont mobilisés pour créer le C.I.A.U.D., une a.s.b.l. ayant pour objet ' la recherche, la réalisation, la diffusion de toute information relative à l'architecture, l'urbanisme, le design et dans un sens plus étendu à tout ce qui a trait à l'environnement de l'homme '. Se trouvaient réunis des architectes comme Jacques Aron, Georges Baines, Jean Baltus, Roger Bastin, Albert Bontridder, René Braem, Daniel Craet, Pierre Guillissen, Alfons Hoppenbrouwers, Victor Martiny, Jan Tanghe, Willy Van Der Meeren, Jacques Wybauw, etc. le sociologue Jean Remy ou encore l'économiste et homme politique Mark Eyskens, ainsi que la Fédération royale des sociétés d'architectes de Belgique, le Design Center, l'Union professionnelle des Industrial Designers. Les membres fondateurs seront bientôt rejoints par des personnalités qui comptent dans le paysage architectural de l'époque comme Jean Barthélemy, Jan Bruggemans, Jean Cosse, Jo Crepain, Jean Englebert, Pierre Puttemans, René Schoonbroodt, Robert Trévisiol, Andries Van Den Abeele, bOb Van Reeth, entres autres, ou dans le paysage politique comme André Cools ou Charles Picqué.

Dès sa création, le C.I.A.U.D. publie le premier numéro de la revue A+. Celle-ci succède à une longue série de périodiques d'architecture en Belgique et sa création n'est probablement pas étrangère à la disparition de la revue Environnement (1970-1972) qui succéda elle-même à la revue La Maison (1945-1970). Lorsque la revue Environnement fut confrontée à des difficultés financières, Dominique de Wasseige, qui assistait Pierre-Louis Flouquet pour l'édition de La Maison, sollicita l'Ordre des architectes et plus particulièrement son président, Daniel Craet, qui allait devenir, dès l'achèvement de son mandat au sein de l'Ordre, le premier président du C.I.A.U.D. Ce soutien de l'Ordre des architectes, par le biais de l'achat des abonnements pour ses membres, créera toujours la confusion dans l'esprit de certains lecteurs qui affirment, aujourd'hui encore, qu'A+ est ' la revue de l'Ordre '. Cependant, l'indépendance entre la revue et l'Ordre est statutaire et inscrite dans la convention à chaque renouvellement.

Ces fondateurs étaient animés d'une même ambition: créer une revue d'architecture ouverte aux disciplines connexes, pour alimenter la réflexion de l'architecte, lui ouvrir l'esprit, ' car l'architecture est un phénomène trop complexe pour être abordé par des personnes qui entretiennent soigneusement leur ignorance ' écrivait Jean Barthélemy, citant Robert Venturi dans l'éditorial du premier numéro qui parut en juin 1973 (A+ 0, p. 19).

Dès le début, les ambitions sont grandes: dix parutions par an, en deux éditions, l'une en français, l'autre en néerlandais. La revue comprend un cahier détachable avec des informations juridiques ou professionnelles émanant notamment d'organismes ou d'associations professionnelles. Une petite partie est réservée à des communications du Conseil National de l'Ordre des architectes. Elle est suivie de 30 à 50 pages rédactionnelles relatives à l'actualité (sélection d'œuvres récemment achevées ou résultats de concours) et à un dossier plus approfondi développant un sujet. Elle se termine par un résumé de 2 pages en anglais.

Les grandes étapes

En septembre 1978, le nouveau président du C.I.A.U.D., Victor-Gaston Martiny parle dans un éditorial de ' nouveau départ ' (n° 51, p. 5): les dossiers thématiques sont remplacés par de courtes présentations de projets individuels réunis ou non sous un même thème. En réalité, c'est plus la manière de présenter les sujets que le contenu qui a changé.

Dans les numéros 123 et 125 (août/septembre 1993 et décembre/janvier1994), Luc Verpoest dresse un bilan des vingt premières années de la revue. ' Il semble bien qu'A+ ait donné, durant sa première décennie, une image remarquablement complète de la situation de l'architecture en Belgique durant cette période. Rien d'important ne paraît avoir été omis … il ne s'agissait pas seulement de faire mention objective des réalisations, mais bien de jouer en même temps un rôle actif et critique… Ce ne fut toutefois pas évident: A+ essuya, d'une part, le reproche d'informer de manière trop sélective et d'être, d'autre part, trop prolixe et tendancieuse, ou encore … trop concise et fade ' (A+ 125, p. 48). Il poursuit en explicitant la divergence récurrente entre les aspirations de la rédaction et celles de certains architectes représentés à l'Ordre des architectes à propos du contenu, celles de la rédaction voulant donner la parole à une architecture de qualité ' capable d'exprimer les problèmes auxquels la profession est confrontée ' et celles de l'Ordre des architectes qui entendait laisser la parole aux architectes eux-mêmes, leur permettant ainsi ' de possibles retombées publicitaires ' (A+ 125, p. 50). Il retrace ensuite l'évolution de la revue durant la deuxième décennie, de 1984 à 1993. ' La revue a failli ne jamais connaître de deuxième décennie: en 1984, la publication fut en effet interrompue durant une année… ' (A+ 125, p. 48).

Il cite ensuite des extraits de l'éditorial du président Andries Van Den Abeele qui évoque les nombreux problèmes financiers et les relations parfois difficiles entre le C.I.A.U.D. et l'Ordre. ' … Un petit groupe de confrères s'est obstinément opposé à l'existence même d'A+, ce qui causa de sérieuses difficultés à chaque renouvellement de la convention. ' Mais ' … le C.I.A.U.D. bénéficia chaque fois d'une majorité intelligente au sein même du Conseil National et plus particulièrement des présidents successifs, Daniel Craet, Pierre Guillissen, Emiel Van hoeymissen, Jacques Wybauw et Marc Appel… ' (A+ 125, p. 49). Il en fut de même en 1998, lors de la présidence de Bernard Vauterin.

Et Luc Verpoest enchaîne par ' La suite: continuité et changement. A+ paraît à nouveau début 85. Andries Van Den Abbeele poursuit l'exercice de sa présidence pendant un an environ, puis passe la main à celui qui fut l'artisan de la relance, Walter Steenhoudt, alors président du C.N.O.A. Peu de temps après, c'est Fernand De Clerck qui lui succédera à la tête de l'a.s.b.l. ' (A+ 125, p. 52). Christian Lasserre devient président du C.I.A.U.D. en 1995.
En 1985, la revue paraît trois fois et ensuite, de 1986 à 1991, à raison de quatre numéros par an. à partir de 1992 (n° 114), la revue devient bimestrielle. à la présidence du comité de rédaction, on trouve Robert Courtois (n° 86 à 98), Walter Steenhoudt (n° 99 à 109), Paul Lievevrouw (depuis le n° 111), Robert Courtois assurant la fonction d'éditeur responsable à partir du n° 88 et de rédacteur en chef à partir du n° 99 (avril 1988), assisté par Emiel Defijn.

Fin 1997, la convention avec l'Ordre des architectes arrive une nouvelle fois à son terme, moment toujours difficile pour le C.I.A.U.D. Au sein de la rédaction, il apparaît de plus en plus évident que les moyens dont dispose l'asbl ne permettent pas de répondre de manière professionnelle à la production de la revue. Sans la contribution importante de bénévoles, la revue ne pourrait paraître.

Une nouvelle ère, à partir de 1997
Les président et vice-président, Christian Lasserre et Paul Lievevrouw, souhaitent sortir de ce cercle vicieux. Pour passer du stade artisanal au stade professionnel, des changements rapides s'imposent dans la communication, l'organisation rédactionnelle, le mode de production, … Ne pouvant souscrire totalement à la manière d'opérer ces changements, Robert Courtois donne sa démission en tant que rédacteur en chef et en tant que vice-président du C.I.A.U.D.

Assistante de rédaction et responsable de la gestion depuis un an, Brigitte Libois essaya de relever le défi de continuer ‘l'ouvrage' porté depuis si longtemps par Robert Courtois en assurant à la fois la responsabilité de la rédaction et de la gestion générale de la revue et du C.I.A.U.D. L'année 1998 (A+ 150 à 155) fut une année de transition marquée par la recherche d'un graphiste pouvant réaliser directement le lay-out sur programme informatique (on passait toujours par une mise en page manuelle) et d'une équipe permanente de rédaction. Il paraissait impossible de réaliser une telle revue de manière quelque peu professionnelle avec deux personnes et une réunion mensuelle de dix bénévoles. Il fallait aussi trouver une alternative à des textes trop longs et peu lisibles, des traductions mal formulées, des images trop petites, … Mais rien ne pouvait réellement changer sans augmenter considérablement les moyens financiers. Cette année 1998 fut aussi celle de la négociation d'une nouvelle convention avec l'Ordre des architectes d'un terme de cinq ans cette fois, (plutôt que de trois, ce qui rendait impossible tout engagement sérieux) et d'un montant annuel à peu près égal au double du montant précédent. Le C.I.A.U.D. y était également chargé de l'édition et de l'envoi d'Architext, le bulletin d'information de l'Ordre, et à ce titre responsable de la rédaction.

La restructuration a commencé par la recherche de nouveaux collaborateurs externes: les graphistes - Christian Kieckens des n° 156 à 162, Pop X et Reflex Design depuis le n° 163 - des traducteurs et des rédacteurs plus réguliers. La création de la propre régie publicitaire, avec l'aide de Rita Minissi, qui connaissait la revue depuis longtemps, a été l'élément décisif qui a permis de redresser la situation et d'atteindre, avec la nouvelle convention avec l'Ordre des architectes, la stabilité financière indispensable. Cet objectif enfin obtenu a permis de mettre en place une nouvelle équipe interne à partir de l'année 2003 (voir A+ Organisation).
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